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les textes

Ancre 1

J'ai rêvé la lumière

et tu étais dans la nuit ;  
tu ne me voyais pas  
et je te regardais.  
Chacun d’un côté du rideau ! 
J’étais toile, 
et toi tu étais pinceau. 
 
Quelque chose qui ressemble  
à ces gueuses dont on nourrit  
les hauts-fourneaux  
a traversé le tableau  
te noyant dans la suie,  
m’effaçant dans la flamme.  
 
Toi, toujours accroché à ton esquisse,  
Cherchant à redonner vie  
à ce corps qui déjà 
s’efface en fumée.  

Éveil-matin

Une bulle étanche dans la nuit qui s’achève.  
 
Les paupières encore trop lourdes restent obstinément closes. 
Pourtant, tout doucement, des fissures apparaissent et laissent tamiser le dernier 
songe en cours. 
Une sorte d’apesanteur s’installe. Rêve, réveil ?   
Intuitivement, une tentative de colmatage s’opère puisqu’il faut à tout prix achever 
le rêve interrompu, tellement intéressant ! 
La  césure  n’est  pas  nette,  le  rattrapage  difficile,  subsistent  de  nombreux  trous 
insondables. La suite semble s’éloigner du scénario soudainement imprécis. 
La bulle enfle alors démesurément malgré l’épais pourtour qui subsiste encore.  
L’objectif ne fonctionne plus, le zoom devient incontrôlable. Les images oniriques 
s’éloignent, se transforment en mirage. Le flou avant leur disparition totale : la bulle 
s’est désagrégée. 
Le  rêve  passé,  le  cerveau  incite  enfin  les  paupières  à  s’ouvrir.  Une  dernière  et 
vaine  résistance  avant  le  véritable  réveil,  le  regard  à  nouveau  actif,  capable  de 
discerner  le  plafond  de  la  chambre  ou  la  lueur  du  jour  dans  l’entrebâillement  des 
volets. Un nouveau matin se présente.  
Le lever s’opère alors, le corps encore tout ensommeillé, l’esprit encore habité par 
les  bribes  du  rêve.  Dans  un  indéfinissable  labyrinthe,  celles-ci  réapparaissent 
furtivement puis se perdent à tout jamais. 
Une quinzaine de pas encore mal assurés mènent jusqu’à la cuisine ; un regard 
incertain s’efforce de déchiffrer l’heure à la pendule murale ; geste matinal machinal, 
l’index met alors radio et cafetière en marche : très vite, animateurs et odeur du café 
vont définitivement sonner le réveil.  

J'ai fait des rêves

J’ai fait des rêves d’arbres,  
j’ai fait des rêves de bois,  
j’ai fait des rêves de toi. 
 
J’ai construit des maisons 
et planté des chênes 
qui maintenant dépassent les toits. 
 
J’ai nourri des abeilles  
du trèfle que j’ai semé,  
j’ai planté des rosiers,  
sans aimer vraiment ça,  
pour me faire pardonner  
d’en avoir coupé un, autrefois. 
 
J’ai regardé tomber la pluie  
en lisant les mêmes livres que toi ;  
j’ai fait des rêves de cheminées. 
 
J’ai fait des rêves d’arbres  
qui partaient en fumée  
dans de grands feux de bois. 

Rêveries

… Rires comme un écho dans le désert opaque 
Êtres bleus rigolards en nudités obscènes 
Violoniste aveugle aux fumées de l’archet 
Elfes batifolant parmi les feux-follets 
Rives d’or et rubis où veillent des murènes  
Iles trop tentantes dont je sais les succubes… 
Enfin ! l’aurore point et va me libérer   
Sauve-toi sans retour songe amer de la nuit ! 

Ancre 2

Les mains caressent la nuit 

Les mains caressent la nuit,  
à rebrousse poil ;  
la lune ronronne dans un ciel étoilé,  
les mots sur la table sont alignés. 
 
 
Est-ce le chat qui a dévoré les phrases ? 
Les mains s’empressent,  
il faut ranger les étoiles  
avant que le jour ne pointe le bout de son nez. 
 
 
Le parquet grince ; c’est un souvenir qui danse ; 
les mots s’effacent pour le laisser passer. 
La lune s’est cachée derrière le paravent,  
le pli d’un rideau s’enfle sous le vent. 
 
 
Il n’y a plus d’étoiles,  
les mains apprivoisent la lumière,  
la nuit s’est endormie  
à l’ombre d’un baobab. 

Rêve de gloire 

La  ville  dort,  la  nuit  s’est  installée ;  la  Seine  coule  bordée  par  ses  berges 
monumentales.  La  lune  peaufine  sa  toilette  dans  la  rivière  sans  remous :  nul 
chaland, nulle péniche. La passerelle du Pont des Arts ouvre ses arches pour laisser 
filer le courant ; l’eau s’est parée d’une teinte vert pâle. 
Tout  est  tranquille,  tout  est  calme ;  une  petite  pluie  glaciale  vient  s’abimer  sur  le 
macadam.  Rien  ne  bouge,  hormis  ces  chats  qui  se  livrent  à  un  combat  de 
miaulements pour le ventre enamouré d’une femelle. 
Les  lourds  battants  de  la  porte  de  l’Institut  sont  fermés,  les  marches  blanches 
esquissent  de  maigres  perspectives,  le  mamelon  de  sa  coupole,  d’or tout  auréolé, 
ronronne d’aise. 
La ville sommeille, indifférente à la pluie et aux cris des chats, indifférente, aussi à 
l’ombre peinte par un réverbère qui s’allonge sous la voute du passage, vers la rue 
de Seine. 
Elle s’allonge, l’ombre, elle traine derrière elle, sur le sol luisant, un chapeau qui n’en 
finit pas ; une cape le précède ; l’incertitude d’une écharpe flotte entre eux.  
Elle s’amenuise, l’ombre au chapeau, elle se distant jusqu’à atteindre son point de 
striction extrême, celui qui précède la rupture, puis, subitement happée par la nuit, 
elle disparait.  
La pluie se fait plus violente, tout à l’heure le jour se lèvera, de l’ombre, il ne restera 
nulle trace.  

Juvénile espérance 

Vous avouerai-je ici ce trouble qui me hante ? 
Quand la voix assurée et le regard lointain 
Vous donnez tout en grâce un poème en latin 
Je ne vois au tableau que Vénus attirante. 
 
Mon beau rêve insensé, serait que dans l’attente 
D’oser à votre joue chuchoter mon dessein 
De vivre en votre couche un enfer libertin, 
Vous deviniez en moi cette ferveur ardente. 
 
Bientôt j’en suis certain, je ferai le grand pas 
Et vous dirai d’un coup l’espoir et mon tracas 
Enterrant le cocon de ma timidité. 
 
Dans l’attente, madame, à genoux je vous prie 
De ne plus voir l’enfant mais un homme enfiévré 
Qui serait votre amant, dont vous seriez chérie. 

Rêve sur l’époque en bande dessinée crescendo 

Sur la promenade qui longe la mer, un banc… Sur ce banc, un livre… Au bout du 
banc,  une  jeune  fille…  Sur  la  jeune  fille,  un  chapeau…  Sous  le  banc,  un  pot  de 
peinture renversé et une grande flaque rouge… 
Sur la promenade qui longe la mer, un jeune homme…  
Sur  la  promenade  qui  longe  la  mer,  une  jeune  fille  lance  une  pièce…  Pile,  il 
court… Face, il s’assied sur le banc… 
Face… Sur le banc, une jeune fille et un jeune homme assis… 
Ce matin-là, sur la promenade qui longe la mer, Lise assise sur un banc… Sur le 
banc,  son  livre…  Sur  la  tête  de  Lise,  un  chapeau  de  travers…  Un  chapeau  de 
paille… Avec  des  oiseaux  de  toutes  les  couleurs  et  des  fleurs  et  le  bonheur  et  la 
joie… De la peinture rouge sang, près du pot renversé sous le banc…  
Sur  la  promenade  qui  longe  la  mer,  Arthur  court  grisé,  par  la  caresse  du  vent 
marin…  
Sur la promenade qui longe la mer, Lise sort une pièce de son sac, la lance, joue 
sa vie à pile ou face… 
Face… Sur le banc, Lise et Arthur sont assis… Lise glisse un œil sous le chapeau 
de paille… Il est vraiment beau ce jeune homme… 
Ce matin-là, si beau, un peu frisquet, vent léger qui vient du large, ce matin de 
printemps, juste comme il faut, sur la promenade qui longe la mer, Lise assise sur un 
banc… Un livre posé… Elle regarde la mer et elle rêve… Sur sa tête resplendit son 
plus beau  chapeau… Son  chapeau  de paille…  Elle  entend  chanter les  oiseaux  de 
toutes les couleurs posés sur le chapeau… Et les fleurs du chapeau sentent bon… 
Et le bonheur… Et la joie… Elle évite de mettre les pieds dans la peinture rouge sang 
qui s’échappe du pot renversé sous le banc… 
Sur la promenade qui longe la mer, Arthur court grisé par la caresse du vent marin 
et par la douceur de ce matin d’avril… Il est beau comme ce premier matin… Et il voit 
Lise… Si belle… 
Sur la promenade qui longe la mer, Lise sort une pièce de son sac, la lance, sent 
que sa vie se joue à pile ou face… Bonheur ou malheur… 
Face… Arthur et Lise sur le banc sur la promenade qui longe la mer et sous le 
chapeau  de  paille,  rires  de  Lise  et Arthur…  C’est  le  bonheur  sur  un  banc,  sur  la 
promenade qui longe la mer… 
Ce matin-là, un matin de rêve, si ensoleillé, un peu frisquet à cause du vent léger 
qui vient du large, ce matin de printemps, juste comme il faut, sur la promenade qui 
longe la mer, Lise est assise sur un banc… Elle a posé son livre… Elle regarde la 
mer et elle rêve… Les oiseaux ont quitté le chapeau de paille et sautent et pépient 
gaiment autour du banc… Et leurs chants parlent d’amour et de joie… Et les tiges 
volubiles des fleurs de son chapeau s’enroulent autour du banc…  
Arthur court vers Lise… Il ne voit plus qu’elle… Sur sa peau, la caresse du vent 
léger… 
Pile ou face… Dans le rêve de Lise, face… Et Arthur va s’assoir sur le banc…   
Lise rêve et se rapproche doucement d’Arthur pour ne pas l’effrayer… Lise rêve et 
le  prend  dans  ses  bras  pour  l’embrasser…  Lise  rêve  et  laisse  les  liserons  de  son 
chapeau les enlacer tous les deux pour l’éternité… Et le rire et la joie les emportent 
dans le chant des oiseaux… 
Oubliée  la  peinture  rouge,  rouge  sang  sous  le  banc…  Le  sable  a  bu  tout  ce 
pourpre et le vent le disperse… Violoniste aveugle aux fumées de l’archet 
Elfes batifolant parmi les feux-follets 
Rives d’or et rubis où veillent des murènes  
Iles trop tentantes dont je sais les succubes… 
Enfin ! l’aurore point et va me libérer   
Sauve-toi sans retour songe amer de la nuit ! 

Ancre 3

Huit ans, le bus et la plage  

La climatisation du bus ne fonctionne pas. 
Le sac à dos lui tire les épaules. 
Sa sœur et ses cousines rient trop fort.  
Coincé entre une barre ronde,  
un parasol et une grosse dame, 
il serre contre lui son trésor : une bouée. 
 
Il est sur les vagues. 
Il sent le gout du sel sur ses lèvres.  
Il voit la mer qui berce  
des étoiles d'argent.  
Ses rêves le déposent,  
bien avant les autres, 
sur la plage. 

La laisse de mer 

Lorsque la marée refluera 
nous irons marcher 
Le long de la laisse de mer. 
 
 
L’écume brillera au ponant, 
tu redeviendras l’enfant joueur 
tu inventeras la bataille de boules d’écume, 
je te dirai « beurk ». 
 
Je remplirai mes poches de trésors : 
des os de seiche tout blancs, 
pour les oiseaux 
des algues emmêlées 
pour la terre du jardin, 
des morceaux de bois 
pour mes sculptures. 
 
Tu quémanderas « et moi ? » 
toi tu auras tout le sable 
pour tes châteaux 
en Espagne. 

Au ponant 

La beauté du ciel nuageux 
caresse les yeux et l’âme.  
Le soleil peint les murs  
des bâtiments en jaune/or. 
Ils brillent,  
réfléchissent  
en se miroitant. 
La ville rêve ! 

Éclats de rêve... 

…  bien  que  je  la  visse  immobile  la  barque avance  droit  vers un horizon  chargé 
d'éclairs  noirs  mais  en  approchant  des  hautes  herbes  il  est  sûr  qu'à  cause 
d'inextricables algues gluantes où frétillent une myriade de poissons jamais les roues 
de notre voiture ne franchiront l'obstacle je m'étonne que nul ne s'étonne serais-je le 
seul témoin de cette curiosité mais non de la proue mon père en salopette montre la 
sortie du tunnel merci papa mais tu sais tu est mort depuis longtemps lui dis-je en me 
retournant  alors  qu'il disparait  dans  le  fond  du  jardin  tiens  je  vais  cueillir  une  rose 
pour  maman  pendant  que  je  suis  là  mais  pourquoi  perd-elle  ses  pétale  dès  que 
j'approche la main je le dis à ma sœur cela se produit souvent quand je marche trop 
longtemps du sang coule de mes mains mais non non je ne ressens aucune douleur 
je pressens alors que l'auditoire de l'amphithéâtre personnages difformes aux orbites 
vides  hésite  à  me  suivre  me  voilà  contraint  de  peaufiner  mon  argumentation  me 
lancer dans une de ces logorrhées à l'architecture parfaite dont je tire une certaine 
fierté  ma  compagne  entourée  de  quelques  visages  flous  connus  m'exprime  sa 
lassitude  de  ces  discours  interminables  sa  nudité  m'inquiète  d'autant  plus  que 
plusieurs de ses ex la serrent de bien près à leur rictus libidineux je subodore que 
leurs doigts s'immiscent dans ses replis humides elle sourit je sais ce sourire celui de 
l'abandon  avant  l'extase  il  faudra  que  je  lui  dise  demain  que  ce  comportement 
inconvenant  me  ridiculise  ah  la  revoilà  dans  les  tribunes  au  premier  rang  près  de 
mon  père  leurs  regards  signifient  sans  équivoque  leur  réprobation  de  ma 
participation à ce sprint mais sitôt le départ donné ma supériorité leur éclate à la face 
je les vois se liquéfier à l'endroit où vient brusquement d'apparaitre en vestale une 
habituée de mes nuits qui rabâche son leitmotiv celui du jour où j'ai lâchement refusé 
ses avances mon père rigolard harangue ses copains profitons de la vie bientôt nous 
serons  tous  un  repaire  d'asticots  dit-il  en  faisant  tournoyer  ses  bras  bizarrement 
longs et désarticulés la brume qui monte de la surface verte de la mer annihile tout 
bruit dont mon cri d'alarme en voyant le trou au fond du bateau par où s'engouffre 
une  source  visqueuse  exhalant  un  mélange  inconnu  de  parfums  mon  appel  se 
perdrait-t-il dans l'épaisseur moite de l'orage tropical pourtant nous coulons je le vois 
je suis seul à prendre conscience que le bord de l’embarcation n'émerge plus que de 
quelques centimètres les vagues noires de la décoration et celles opalines de l'onde 
se confondent je dois tous les avertir crier crier encore crier plus fort... 
 
J'ai cru crier vraiment... peut-être pas..., puisque rien ne bouge à côté de moi. Les 
bâtonnets  verts  fluorescents  des  diodes  du  réveil  indiquent  5h25 ;  horrible  vision ! 
J’exècre ouvrir les yeux sur ces signes serpentiformes, où 2 et 5 se liguent, présages 
d'une  journée  venimeuse.  Vite  s’acagnarder,  conjurer  ce  mauvais  augure  jusqu'à 
l’aube ! Une éternité... 

Ancre 4

Depuis que 

Depuis que j’ai rempli  
mon matelas  
de nuages dodus,  
je dors dans le ciel. 
Je passe  
mes nuits  
à rêver 
les yeux grands ouverts.   

Utopiques divagations… 

Quand, à l’orée de la nuit, se taisent les derniers bruissements d’ailes 
Et que le silence jette son voile sur le monde, 
Il me vient à l’esprit des songes étranges, 
Des songes doux comme des plumes d’anges… 
 
Je flotte sur une vague tiède 
Elle est en Moi, je suis en Elle… 
Le monde n’est pas né, et tout est possible encore. 
Que le ciel soit de moire, et les villes de nacre,  
Que Dieu soit une femme, 
Que les enfants, jamais, ne deviennent guerriers 
Et que leurs rires nous fassent des colliers. 
 
Ou bien, comme feuille légère, je vole au-dessus des montagnes et des forêts… 
Partout les bêtes sont libres, les arbres, millénaires 
Et claire, l’eau des rivières. 
Baignés de lune rousse, les soirs s’étirent et se la coulent douce 
La terre est infinie… 
 
Au matin, j’entends parler de guerres 
De persécutions et de misère 
De naufrages et de crimes 
De famine. 
On nous dit que l’atmosphère se déchire, que l’air lentement nous empoisonne, 
Que les sources se tarissent, que l’océan nous vomit. 
 
Mais les rêves poussent malgré tout 
Se frayant un chemin entre les ronces amères, 
Des rêves naïfs qui portent nom Tendresse, Espérance ou Poésie 
Et se faufilent dans la nuit   
Quand se taisent les derniers bruissements d’ailes 
Et que le silence jette son voile sur le monde. 

En fermant les yeux 

Il faut attendre. Les chevaux sont fourbus. 
Derrière les yeux fermés, tout ira mieux bientôt ! 
Pour rêver, pour sourire, c’est trop tôt ! 
Le jour dispense son petit rayon 
À la clinique d’accouchement des nuits qui ne tournent pas rond ! 
Le cœur clignote et voudrait bien passer au rouge ! 
Il faut attendre ! Rien ne bouge 
Et tout bouge ! 
Les nuits dansent 
Dans leur silence de carton rance ! 
N’écoute pas et rêve, vieux prisonnier de la geôle fatale ! 
Fais taire la porte et la nuit qui s’y adosse, 
Pour leurs noces ! 
Il est temps… tes yeux fermés… il faut tenter ! 

Mon copain de 2130 

Je te salue, depuis mon urne funéraire : 
On ne peut pas toujours se taire ! 
Montmartre c’est mon pays, là où je suis parti, 
En deux mille quelque chose, pour la dernière pause ! 
J’avais passé l’octantaine et piquais droit sur la nonantaine, 
Voire – tu me le diras ! – sur la centaine ! 
Le temps, le temps ! Je suppose que rien n’a changé, 
En deux mil cent trente 
Et que l’on arrive toujours avant d’être parti ! 
Pardi ! 
Moi, j’aimais bien la vie et l’amour qui m’en donna envie ! 
Trouve-les aussi, ces rêves qui te permettront 
De ne rien regretter… 
Sauf, bêtement, de les quitter ! 

Ancre 5
Réflexions autour du projet ReVe 

À la lecture de l’appel à participer au projet ReVe, diffusé dans la lettre d’information du CLEC, au mois d’avril, Jean Bernardi, adhérent de l’association, nous a adressé un témoignage sur le travail de son épouse, artiste peintre. Il nous a semblé que le regard qu’il porte sur les sources d’inspiration, les  réflexions,  la  création  qui  en  découle,  même  si  elles  ne  s’inscrivent  pas  directement  dans  la demande formulée au CLEC de textes destinés à aiguiser l’inspiration d’autres membres de l’UAICF, il nous a semblé que ce témoignage bien en adéquation avec le « Regarder, écouter, voir, entendre » du projet ReVe méritait d’être partagé. 
 
« Il y a vingt ans de cela, l’invitée d’honneur d’une exposition regroupant quelque quatre-vingts artistes,  qui  avait  une  formation  d’ingénieur  de  très  haut  niveau,  expliqua  lors  du  vernissage,  que lorsqu’elle contemplait un tableau noir qu’elle venait de recouvrir d’équations, elle se sentait “comme un peintre qui vient de terminer son tableau”. C’était assez inattendu pour une scientifique, mais certainement pas inhabituel pour les créateurs artistiques :  dans  ses  Quatre  Saisons,  Vivaldi  “peint”  très  distinctement  des  oiseaux  (coucou, tourterelle,  pinson).  Pour  un  écrivain,  chaque  mot  est  “une  trace  que  la  main  dessine  pour  l’œil” (Érudit, Université de Montréal, 1975).  
 
Ainsi, les techniques  artistiques se fondent  l’une  dans  l’autre,  se  confondent,  pour  ne  plus  faire qu’une. J’en veux  pour  preuve  les  “indispensables” carnets  de  mon  épouse,  remplis  de  notes  et  de croquis. Certes, elle n’est pas la seule, mais elle, je la connais bien et de plus je peux témoigner !  


Elle est née artiste et je maintiens que la peinture coule dans ses veines. Pour qu’elle aille bien il suffit de l’emmener dans les bois, les champs, au bord d’une rivière, de la mer… et trouver l’endroit propice ainsi que le sujet qui l’interpelle. En cela elle est tout à fait en adéquation avec le philosophe Luc Ferry lorsqu’il écrit : “L’art véritable ne réside pas dans la représentation d’une belle chose, mais dans la belle représentation d’une chose. Ce n’est pas le sujet d’une toile qui fait sa valeur, mais la manière dont elle le traite.” (L’Innovation destructrice, Plon).  


Mais ce n’est pas tout ! Une fois trouvée la source d’inspiration, elle se met à la regarder sous tous les angles, à l’étudier avec minutie, y compris les côtés qu’elle ne pourra pas reproduire.  
 
Elle  n’entend  rien  d’autre  que  ce  qu’elle associe  au  sujet  choisi  (le  bruissement  des feuilles, le ruissèlement de l’eau, le silence de la  neige  qui  tombe,  le  chant  des  oiseaux…), auquel  il  faut  y  ajouter  les  odeurs  (fleurs 
sauvages,  sous-bois,  prés  fauchés…).  Elle  est tout à fait dans un ReVe vécu ! 
 
Plus  récemment  ce  sont  de  vieux  troncs d’arbres abattus qui furent l’objet de toute son attention. Elle en choisit un, l’étudia, en fit le tour,  s’avança,  revint  en  arrière,  s’arrêta,  se pencha,  écouta…  À  croire  qu’il  lui  parlait ! Puis ce qu’il restait du tronc devint toile !  

Il  arriva  également,  dans  un  autre  contexte,  que  des  poèmes  soient  illustrés  sous  forme  de broderies.  Un  poème  de  Rudyard  Kipling  m’avait  particulièrement  interpelé :  Lorsque  le  dernier tableau est peint sur la Terre. Les travaux firent l’objet d’une exposition itinérante. Peut-on trouver un meilleur exemple de complémentarité ? Rêvons un instant : à quand un tel projet organisé par l’UAICF en partenariat avec la SNCF ? Ainsi le ReVe deviendrait réalité… » 

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